Nouveau patron d'Apple, John Ternus doit trouver sa voie, entre Jobs et Cook
Synthèse entre la stabilité de Tim Cook et la passion de Steve Jobs pour les produits, le nouveau patron d'Apple John Ternus va devoir trouver sa voie face aux défis de l'IA, qui mettent le groupe sous pression.
La cinquantaine athlétique, pas de cheveux blancs, la silhouette de John Ternus est apparue de plus en plus régulièrement dans des vidéos de présentation ou podcasts filmés ces derniers mois, signe de son importance croissante.
"C'était télégraphié", observe Avi Greengart, analyste du cabinet Techsponential, au sujet de la nomination, à effet au 1er septembre, de celui qui porte invariablement des couleurs sombres, du tee-shirt aux chaussures.
Actuellement vice-président de l'ingénierie des produits physiques, John Ternus (50 ans) est un homme du sérail, qui n'a plus quitté l'entreprise depuis son arrivée en 2001, à 26 ans seulement.
"Je suis un ingénieur en mécanique de formation", disait-il lors d'un entretien à la chaîne CNBC en 2023, "et j'ai eu la grande chance de travailler sur tous les produits que nous fabriquons".
Il a notamment participé à la conception de l'iPhone, devenu le produit vedette d'Apple, qui en a écoulé près de 250 millions rien qu'en 2025.
En coulisses, il a aussi poussé, avec d'autres, l'entreprise à développer ses propres composants, en particulier les puces, avec une première génération pour l'iPhone dès 2007.
"C'est l'un des plus profonds changements, sinon le plus fondamental, chez Apple ces vingt dernières années", disait en 2023 cet ancien nageur universitaire de compétition.
"Je suis impatient de voir ce que va faire un homme de produits comme John Ternus après Tim Cook, qui était un génie de l'opérationnel mais n'a jamais prétendu être un spécialiste produit", explique Avi Greengart.
Gestionnaire habile, Tim Cook a guidé le groupe sur la rampe de lancement que lui offrait l'iPhone, pour en faire la troisième capitalisation boursière mondiale.
Promis à devenir président exécutif du conseil d'administration, le sexagénaire va notamment continuer à "dialoguer avec les dirigeants du monde entier", a indiqué Apple.
Ces dernières années, il est, entre autres, parvenu à préserver son entreprise de la crise entre Etats-Unis et Chine.
"John va devoir gérer aussi ces questions", prévient Avi Greengart, "mais il sera aidé par Tim Cook".
- Retour aux sources -
Apple a changé d'échelle et continue, malgré tout, à croître, mais incarne moins l'innovation et la rupture que par le passé.
Plus de trois ans après le lancement de ChatGPT, le groupe accuse un retard majeur sur les fleurons du secteur et n'a toujours pas présenté de refonte de l'assistant d'intelligence artificielle (IA) Siri.
"La marque Apple n'a plus le même poids que du temps de Steve Jobs", selon Marcus Collins, ancien de la maison et professeur de marketing à l'université du Michigan.
Contemporain de Steve Jobs et Tim Cook, John Ternus "va pouvoir synthétiser le meilleur de chacun d'eux, à sa façon", dit-il, et permettre à l'entreprise "de revenir à ses racines, celles du matériel".
Certains s'interrogeaient sur la pertinence d'un candidat en interne quand la marque aurait pu bénéficier de l'arrivée d'une figure légitime sur l'IA, enjeu majeur.
Mais pour Carolina Milanesi, analyste de Creative Strategies, "ce sont les équipements qui vont être décisifs" dans la course à l'IA, davantage que les modèles d'intelligence artificielle eux-mêmes.
"Ce sont leurs capacités qui donnent vie à l'IA", appuie-t-elle, "et Ternus amène cette vision. (...) Un regard frais, plus jeune, sur le monde et un appétit de succès".
Pour Dan Ives, de Wedbush Securities, "il est temps de passer de la défensive à l'offensive".
Après s'être inquiétés de voir Apple incapable de mettre au point son propre modèle d'IA générative compétitif, les analystes tendent à relativiser désormais.
Pour l'heure, aucun équipementier téléphonique ou informatique n'est parvenu à proposer un exemple d'intégration IA si réussi qu'il en devienne un produit d'appel pour cette raison.
"Il n'est pas encore démontré qu'avoir le contrôle de ses modèles offre un avantage compétitif de long terme", souligne Avi Greengart. "La question reste ouverte."
Th.Frei--HHA