Les Houthis ciblent encore l'Arabie saoudite, son ministre de la Défense attendu à Téhéran
Explosions et messages d'alerte: l'Arabie saoudite a encore été ciblée lundi par les Houthis pro-iraniens, et pour tenter d'empêcher un retour à la guerre au Moyen-Orient après des avertissements israélo-américains, son ministre de la Défense est attendu à Téhéran.
Pour la première fois depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, Khaled ben Salmane, frère du prince héritier devenu un spécialiste des missions diplomatiques sensibles, se rend en Iran.
Il sera accompagné de hauts responsables de Turquie et du Pakistan, ses alliés dans le cadre du pacte de La Mecque mais aussi des médiateurs régionaux dans la guerre.
"Cette rencontre historique à Téhéran pourrait bien être la dernière chance avant que la situation ne dégénère de manière incontrôlable", a commenté sur X l'analyste saoudien Hesham Alghannam.
Déjà affecté par les frappes menées par l'Iran en représailles à l'offensive israélo-américaine lancée fin février, le royaume saoudien est sous le feu des Houthis depuis la reprise des hostilités début juillet entre les combattants pro-iraniens et les forces gouvernementales appuyées par Riyad.
Et il redoute désormais une reprise de la guerre à grande échelle, alors qu'Israël et les États-Unis ont multiplié ces derniers jours les menaces contre la République islamique.
- "Signal fort" -
Après les appels infructueux de Riyad à un soutien de Washington, "personne ne croit plus que les États-Unis soient encore un garant fiable de la sécurité régionale", analyse pour l'AFP Andreas Krieg, du King's College de Londres.
Dans ce contexte, poursuit-il, l'Arabie saoudite, en dépêchant Khaled ben Salmane à Téhéran, envoie "un signal très fort montrant que le royaume ne se contente pas d'attendre passivement (...), mais qu'il est en réalité prêt à prendre l'initiative" pour sortir de l'impasse actuelle.
Avec à ses côtés le puissant commandant de l'armée pakistanaise, le général Asim Munir, et le directeur des services de renseignement turcs, Ibrahim Kalin, le responsable saoudien entend s'afficher en position de force.
"L'alliance de La Mecque veut montrer que (ses membres) sont prêts à travailler ensemble pour défendre le royaume" et que "l'Iran devra assumer les conséquences d'une éventuelle escalade", souligne l'expert, mettant toutefois l'Arabie saoudite en garde contre "une confiance excessive".
"L'objectif de cette réunion est de confronter l'Iran aux faits et risques sans mâcher ses mots", abonde Hesham Alghannam. Il s'agit de "trouver les moyens d'une désescalade avant qu'il ne soit trop tard".
Dimanche, c'est une délégation du Qatar, autre Etat médiateur, qui avait fait le déplacement à Téhéran.
"Notre région est en proie à de fortes tensions, et les pays voisins s'efforcent de faire passer un message et de proposer des initiatives", a commenté lundi le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï.
- Confusion à l'aéroport -
Le royaume a été mis à rude épreuve par les attaques houthies qui se sont particulièrement intensifiées en octobre.
Son aéroport, fermé après une frappe meurtrière mi-octobre, peine à rouvrir. Il avait affiché dimanche sur son site internet plusieurs liaisons intérieures et internationales prévues mais selon le site de suivi aérien Flightradar24, quelques vols seulement ont décollé.
Dans ce contexte, plusieurs grands événements internationaux ont été annulés ou reportés, comme le "Davos du désert", conférence réunissant de grands noms de la finance, ou encore le Dakar 2027, le plus célèbre rallye-raid du monde.
Lundi, comme la veille, la capitale saoudienne a été secouée par des explosions et ses habitants ont reçu des messages des autorités les avertissant de "menaces aériennes" sur la ville.
Les forces saoudiennes ont dit avoir intercepté et détruit un missile balistique lancé par les Houthis, qui ont eux revendiqué une frappe sur l'aéroport de Riyad.
Ils ont aussi affirmé avoir mené "une opération visant les stations de pompage de pétrole brut (de l'oléoduc NDLR) Est-Ouest à l'aide de plusieurs drones".
Cette artère stratégique, qui relie les champs pétroliers de l'est du royaume à la mer Rouge, avait été mise à l'arrêt du 11 au 22 septembre après des frappes lancées depuis l'Irak, selon Riyad.
L'oléoduc est devenu crucial pour l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, depuis que l'Iran a imposé au début de la guerre de sévères restrictions à la navigation dans le détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule arabique.
Mais la pétromonarchie du Golfe est désormais aussi sous pression dans la mer Rouge: les Houthis se sont emparés en septembre du littoral du pays, renforçant leur emprise sur le détroit stratégique de Bab el-Mandeb, reliant l'Europe à l'Asie via le canal de Suez.
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F.Schneider--HHA