GB: Nigel Farage réélu député, score inédit pour le candidat satirique Tête-de-Poubelle
Nigel Farage, le chef du parti anti-immigration Reform UK, a été réélu facilement député lors d'une législative partielle boycotté par les autres partis, permettant au candidat satirique Comte Tête-de-Poubelle de remporter le score inédit de quelque 27% des voix.
Selon les résultats annoncés vendredi au petit matin par les autorités électorales, M. Farage, 62 ans, a recueilli 22.239 suffrages (63% des voix) contre 9.455 pour Count Binface (Comte Tête-de-Poubelle, littéralement), lors de cette partielle qu'il avait lui-même provoquée dans la station balnéaire vieillotte de Clacton-on-Sea.
Sondages et analystes avaient largement anticipé la victoire du héraut du Brexit, les autres partis ayant boudé une élection qu'ils voyaient comme une plaisanterie et une tentative de diversion de Farage. Les 32 autres candidats qui s'étaient présentés - un record - étaient tous des inconnus ou des humoristes.
A 44%, la participation que certains attendaient faible a néanmoins été dans la moyenne des partielles britanniques.
Dans la nuit, avant même l'annonce des résultats, Farage s'était déclaré vainqueur.
Contrairement à la tradition britannique, il ne s'est pas montré à l'annonce des résultats, affirmant que la police l'avait prévenu d'une "campagne en préparation visant à perturber et dégrader les résultats".
Mais un responsable de la commission électorale locale, Ian Davidson, a assuré que le comptage se déroulait "en toute sécurité".
- "Ascension" du comte Tête-de-Poubelle -
Quant au Comte Tête-de-Poubelle, de son vrai nom Jon Harvey, comédien de 46 ans qui a endossé ce rôle de trublion politique depuis 2017, il s'est félicité de son score historique.
"Je suis en pleine ascension", s'est-il réjoui auprès de l'AFP peu avant l'annonce des résultats. "De bonnes choses sont en train d'arriver au vieux Binny", a-t-il plaisanté.
A la dernière élection à laquelle il avait participé, lors d'une législative partielle en juin près de Manchester remportée par le travailliste Andy Burnham devenu depuis Premier ministre, il avait emporté 0,2% des voix.
Farage avait annoncé le 7 juillet remettre en jeu son siège de député - conquis pour la première fois en juillet 2024, après sept tentatives infructueuses - après avoir été rattrapé par des affaires de dons non déclarés.
Le gendarme de l'éthique parlementaire enquête sur un don de cinq millions de livres (5,7 millions d'euros) qu'il a reçu d'un milliardaire ayant fait fortune dans les cryptomonnaies, Christopher Harborne, peu avant son élection comme député à Clacton en juillet 2024.
Selon le Times, Farage aurait également reçu un don non déclaré de George Cottrell, entrepreneur en cryptomonnaies condamné pour fraude aux Etats-Unis en 2017. Et Reform UK est aussi visé par une enquête policière sur ses financements.
- "Le peuple" contre "l'establishment" -
Face à ces enquêtes qui l'ont visiblement déstabilisé et mis le doigt sur sa fortune, Farage avait présenté le scrutin comme le "verdict du peuple" contre "l'establishment".
Vendredi matin, il a accusé les autres partis, travaillistes, conservateurs et libéraux-démocrates, d'"avoir fait campagne pour le comte Tête-de-Poubelle".
"Le monde est vraiment à l'envers pour que le comte Tête-de-Poubelle soit maintenant le candidat de l'establishment!", a-t-il lancé.
Son parti anti-immigration a connu une progression spectaculaire depuis deux ans, ralliant plusieurs personnalités du parti conservateur. Il est apparu de plus en plus Premier ministrable, après la victoire de Reform UK aux élections locales en mai, qui ont contribué à la démission du Premier ministre travailliste Keir Starmer, remplacé le 20 juillet par Andy Burnham.
Mais Reform a perdu du terrain dans les sondages depuis l'arrivée d'Andy Burnham à Downing Street. Certains commentateurs se demandent s'il n'a pas atteint son pic, alors que les prochaines législatives au Royaume-Uni ne sont pas attendues avant 2029.
Si Farage a remporté une victoire "convaincante", selon Stuart Fox, politologue à l'université d'Exeter, le fait qu'il ait snobé l'annonce des résultats "montre bien qu'il sait que ce ne serait pas très Premier ministrable d'apparaître aux côtés du Comte Tête-de-Poubelle et d'une trentaine de candidats dont personne n'a jamais entendu parler".
"Il sait aussi que cela ne va pas faire disparaitre toutes les questions qui se posent sur les dons non déclarés", a indiqué à l'AFP cet expert.
De fait, l'enquête parlementaire, mise en pause le temps de l'élection, va désormais reprendre.
Si elle devait conclure à une faute sérieuse, il pourrait être suspendu du Parlement pour plus de 10 jours, ce qui déclencherait une nouvelle élection à l'issue moins prévisible: les partis traditionnels ont déjà annoncé qu'ils présenteraient alors des candidats.
P.Garcia--HHA