Berlin dénonce la nostalgie de la RDA à l'approche d'élections à l'est
Berlin a mis en garde jeudi contre toute idéalisation de la RDA, sur fond de nostalgie croissante de l'Allemagne communiste dans l'est du pays, particulièrement exploitée par l'extrême droite à l'approche d'importants scrutins régionaux.
"Les extrémistes de gauche comme de droite tentent actuellement de minimiser délibérément les méfaits de la RDA", a dénoncé le ministre allemand de la Culture, Wolfram Weimer, proche des conservateurs, à l'occasion d'une cérémonie commémorant le 65e anniversaire de l'édification du Mur de Berlin, tombé le 9 novembre 1989.
"Le régime du SED (parti unique de la RDA, ndlr) était une dictature brutale, sans élections libres, sans liberté de la presse, sans liberté de circulation, mais avec la Stasi (la redoutée police secrète, ndlr), des cachots de torture et des bandes de la mort le long du mur", a rappelé M. Weimer.
"Pour certains, la RDA semble de plus en plus belle à mesure que le temps passe (...). On occulte ce que c'était réellement la vie en RDA", a affirmé jeudi la responsable au Bundestag des victimes du SED, Evelyn Zupke, dans le journal Rheinische Post.
Rien qu'à Berlin, plus de 100 personnes ont trouvé la mort en tentant de franchir le Mur pour passer à l'Ouest.
"La leçon du Mur reste d'actualité: la liberté et la démocratie ne vont pas de soi. Nous devons sans cesse nous battre pour les défendre", a affirmé sur X le chancelier conservateur Friedrich Merz, actuellement en vacances.
Plus de 35 ans après la réunification du pays, le 3 octobre 1990, les divisions persistent entre l'ouest et l'est.
Dans l'ancienne Allemagne communiste, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), parti anti-immigration, prorusse et pro-Trump domine les sondages, capitalisant sur le sentiment d'injustice de nombreux habitants.
Beaucoup se sentent traités en citoyens de seconde zone par rapport à leurs compatriotes de l'Ouest, considérés comme étant privilégiés, et aux immigrés prétendument favorisés.
- "Tout a changé" -
Et malgré des données économiques plus encourageantes ces dernières années et un rétrécissement de l'écart de revenus avec l'Ouest, de nombreux habitants de l'Allemagne de l'Est s'imaginent laissés pour compte.
Aux élections régionales de Saxe-Anhalt, le 6 septembre, puis à celles de Berlin et de Mecklembourg-Poméranie, le 20 septembre, l'AfD, fondé en 2013, est attendu en très forte hausse.
A l'issue du premier de ces trois scrutins, Ulrich Siegmund, qualifié d'"homme le plus dangereux d'Allemagne" dans la dernière édition de l'hebdomadaire Der Spiegel, pourrait devenir le premier chef du gouvernement d'extrême droite d'une région depuis la création de la République fédérale, en 1949.
Son parti devance de près de 20 points dans les sondages les conservateurs, à quelque trois semaines des élections.
Lors d'un récent meeting électoral, il a chanté l'hymne de la RDA, aux côtés du coprésident de l'AfD, Tino Chrupalla.
Né trois semaines après la réunification en 1990 dans une petite ville de Saxe-Anhalt, Ulrich Siegmund joue sur cette "ostalgie" auprès de ses électeurs, organisant par exemple des virées en Simson, petite moto érigée en symbole de l'identité est-allemande.
Comme l'a souligné jeudi la présidente du Bundestag, Julia Kloeckner, dans un discours commémoratif, "le Mur a marqué l'Allemagne de son empreinte, influençant nos parcours jusqu'à aujourd'hui".
"Les questions politiques trouvent parfois des réponses très différentes d'un côté et de l'autre", a-t-elle remarqué, attribuant en grande partie cela aux expériences de vie très dissemblables de ces concitoyens.
De fait, "pour de nombreux Allemands de l'Est, ce nouveau départ vers la démocratie a été source de déception, d'angoisse et de désillusion (...) elle s'est accompagnée d'un chômage de masse", a-t-elle reconnu. De nombreuses entreprises de RDA, considérés comme non compétitives, ont en effet dû fermer.
Et de constater: "Pour les Allemands de l'Ouest, la réunification n'a pas changé grand-chose. Pour les Allemands de l'Est, tout a changé".
E.Borstelmann--HHA