Redressement judiciaire du BHV : le tribunal donnera sa décision lundi
Le BHV, l'emblématique grand magasin parisien en difficulté, bientôt fixé sur son sort : le tribunal des activités économiques (TAE) de Paris se prononcera lundi sur son placement en redressement judiciaire.
La situation financière du BHV a été examinée par le tribunal lors d'une audience à huis clos qui a duré environ 2H30, a constaté un journaliste de l'AFP.
À l'issue de l'audience, les avocats de la direction et des représentants du personnel ont indiqué que la décision sera rendue lundi à 15H00.
Devançant cette audience prévue depuis plusieurs mois, la direction avait affirmé en début de semaine avoir déposé une demande de redressement judiciaire au tribunal des activités économiques de Lyon afin de "préserver l'activité et l'emploi" et de "sécuriser son plan de relance".
La direction a alors admis que le BHV était en faillite, alors qu'elle affirmait encore récemment ne pas être en cessation de paiement.
Le choix de ce TAE incombait à une procédure d'assignation de créancier ouverte "il y a plusieurs mois" dans cette juridiction, selon une porte-parole du BHV.
Finalement, la direction n'a pas déposé sa demande à Lyon et s'est tournée vers le TAE de Paris.
L'audience de vendredi s'est tenue à la demande du parquet, qui avait reçu un signalement de l'inspection du travail pendant l'été, selon l'avocat des représentants du personnel, Stéphane Kadri. L'administration soupçonnait déjà le BHV d'être en cessation de paiement, selon Me Kadri.
Le maire de Paris Centre Ariel Weil avait également signalé au parquet "une série de manquements en matière de sécurité du bâtiment" et "l'absence de paiement des cotisations sociales", a-t-on appris jeudi.
- Manque de trésorerie -
Les représentants du personnel, indignés par une direction qui "préfère faire ses annonces à la presse plutôt qu'aux salariés", selon l'une d'elles, n'ont pas souhaité faire de commentaire aux journalistes mais ont rapporté une "ambiance lourde" en sortant du tribunal.
Avant l'audience, le président de l'entreprise, Karl-Stéphane Cottendin arborait un visage fermé.
Les représentants du personnel, tout comme la direction de l'enseigne, réclament le placement en redressement judiciaire de la SEGM BHV, qui regroupe notamment l'historique Bazar de l'Hôtel de Ville, institution du cœur de Paris depuis 170 ans, et le BHV Parly 2, au sein de ce centre commercial des Yvelines, en Île-de-France. L'enseigne emploie 700 personnes, selon des données de septembre.
Concrètement, un redressement judiciaire permettrait d'ouvrir une période d'observation de six mois, renouvelable six mois, afin d'étudier si un redressement de la société est possible. A l'issue de cette période, le tribunal peut autoriser la direction à continuer son activité (plan de redressement), choisir un repreneur (plan de cession) ou liquider la société (liquidation judiciaire).
Le grand magasin avait été revendu à perte en juin par la SGM du chef d'entreprise Frédéric Merlin, un notable de Lyon. Depuis, l'enseigne traverse de nombreuses turbulences.
Pendant l'été, la direction du BHV Marais avait dévoilé un plan de relance censé remettre à flot le grand magasin, mais s'était heurtée à un manque de trésorerie, dû notamment selon elle à un différend avec le fonds canadien Brookfield, propriétaire des murs, qui conteste fermement cette version.
Nicolas Bonnet-Oulaldj, adjoint au maire de Paris en charge de l'Emploi, a exigé que les salariés ne soient pas "les variables d'ajustement d'une gestion défaillante".
Les représentants du personnel avaient quant à eux estimé dans un communiqué mercredi que "continuer avec les dirigeants actuels est voué à l'échec. Seul un projet de reprise solide et bien financé permettrait de maintenir l'activité et sauvegarder une partie des emplois".
Th.Frei--HHA