Du métal de guerre des Malouines à l'autel: le calice argentin de Léon XIV
De la guerre à la paix, et au spirituel: le pape Léon XIV, dans sa visite argentine, recevra en cadeau un calice préparé depuis des mois par un célèbre orfèvre argentin, incorporant outre argent, or et bronze, du métal tiré d'armement de la guerre des Malouines.
Juan Carlos Pallarols, 83 ans, descend d'une famille catalane d'orfèvres de plus de 300 ans, installée en Argentine depuis 1910, raconte-t-il à l'AFP.
Et qui depuis le XIXe siècle "a confectionné un calice pour chaque pape depuis 150 ans, depuis Pie IX".
Dans son bruyant atelier à l'âcre odeur de métal, un capharnaüm de marteaux, pinces, burins au centre de Buenos Aires, il apporte les dernières touches au calice sur lequel il travaille depuis près d'un an pour le pape Leon.
Lui, assure-t-il, et "un million" d'Argentins. Car Pallarols, avec l'idée d'une œuvre participative, a parcouru le pays avec son calice pour que les gens y apportent une petite touche, un mini-coup de burin symbolique. Un compteur en tient le compte.
La partie extérieure du calice, à la silhouette élancée, est en argent, avec une base baignée d'or, et la structure intérieure en bronze.
C'est là qu'ont été fondus, symboliquement, des objets, des fragments de matériel militaire de la guerre des Malouines.
Le bref conflit de 1982 entre l'Argentine et le Royaume-Uni, qui se disputent la souveraineté du petit archipel de l'Atlantique Sud, fit 649 morts argentins et 255 britanniques. Laissant, en Argentine, une durable et amère empreinte traumatique.
"Nombre de vétérans ont donné un petit bracelet, une bague, et cela a été fondu" pour la partie argent.
"Les douilles de balles, on les a utilisées pour la structure intérieure", explique Pallarols, séduit par l'idée de recycler un matériau de violence pour lui donner un destin de paix et de spiritualité religieuse.
Renommé bien au-delà de l'Argentine, Pallarols a façonné pour des royautés européennes, des stars hollywoodiennes, ou Lionel Messi.
Mais le frustra pourtant, en 2023, l'alors tout nouveau président Javier Milei, qui lui commanda le traditionnel sceptre présidentiel orné... de l'effigie de ses chiens.
L'orfèvre refusa, et commande fut passée à un concurrent.
Pour perpétuer la tradition familiale "un pape, un calice", Juan Carlos Pallarols espère remettre son oeuvre en mains propres à Léon XIV lors de sa visite, du 8 au 11 novembre. Si ce n'est pas possible, il entend bien se rendre au Vatican.
L.Keller--HHA