Crue dans l'Himalaya: les secours perturbés, à nouveau en alerte
Le Népal a lancé vendredi une alerte aux inondations liée à la rupture possible en territoire chinois d'une retenue d'eau, compliquant la tâche des secouristes dans la région himalayenne deux jours après une crue qui a fait près de 500 morts.
Ce lac situé sur le territoire chinois du Tibet s'est formé mercredi lorsqu'un morceau de glacier s'est effondré, faisant déferler des torrents de boue des deux côtés de la frontière dans cette région montagneuse.
"Nous avons été informés de la rupture d'un lac sur le versant tibétain", a déclaré la police sur X, "nous demandons à toutes les équipes de sécurité et de sauvetage et au public de rester en alerte et de se mettre immédiatement en lieux sûr et de rapporter tout éventuel incident".
Les secours ont été "instamment priés" de faire attention au moment où le flot d'eau boueuse du fleuve Bhotekoshi augmentait dans une zone déjà frappée par la crue, selon les autorités.
-L'eau déborde-
Côté chinois, vendredi à la mi-journée, les autorités avaient annoncé la suspension des secours au coeur de la zone sinistrée.
"L'eau a commencé à déborder et à s'écouler" de la retenue en direction du poste-frontière de Gyirong, principal secteur touché par le drame, a indiqué un journaliste de la télévision CCTV sur place. "Toutes les équipes de secours ont donc reçu l'ordre de ne pas bouger", a-t-il dit.
Selon l'agence Chine Nouvelle, la retenue d'eau pourrait atteindre trois millions de mètres cubes dans les trois prochains jours en raison de pluies continues.
Signe de gravité de la situation, le président Xi Jinping a conduit vendredi une réunion sur l'organisation des secours, afin de "mobiliser tous les moyens disponibles pour retrouver et sauver les personnes disparues, qu'elles soient chinoises ou étrangères".
-Coincés dans un tunnel-
Près de 700 pompiers, soutenus par des drones et des chiens de recherche, ont été déployés autour de Gyirong, selon les autorités.
Au Népal, l'armée a annoncé avoir envoyé deux hélicoptères pour aider à évacuer une centaine d'ouvriers coincés dans le tunnel d'un chantier.
Les services du Premier ministre népalais ont précisé que 350 ouvriers et habitants du secteur avaient déjà été évacués de cet endroit par l'armée "dans des conditions très risquées et rendues difficiles par les conditions météo et la crue".
"Notre priorité reste la recherche et le sauvetage des personnes", a dit à l'AFP le porte-parole de l'armée Raja Ram Basnet, avant d'ajouter que "des centres d'accueil (pour les sinistrés) ont été mis en place".
Au cœur du massif de l'Himalaya, cette région du Népal attire randonneurs et alpinistes du monde entier, notamment pour gravir le mont Everest. C'est aussi un lieu de pèlerinage pour les Hindous et les Bouddhistes tibétains. Des centaines de touristes figurent parmi les disparus.
Selon l'Institut d'études géologiques des Etats-Unis (USGS), la vague a été causée par l'effondrement d'une partie d'un glacier, d'une violence telle qu'il a été enregistré comme un séisme de magnitude 5,2 et a causé de nombreux glissements de terrain.
Au Népal, elle a balayé la vallée de la rivière Trishuli dans le district de Nuwakot, au nord de Katmandou, et celle de la Bhotekoshi à l'est de la capitale.
-Des corps retrouvés en Inde-
Quatre corps ont été retrouvés en Inde en aval, dans l'extrême nord du pays.
Au Tibet, où les journalistes étrangers ont un accès restreint, les médias d'Etat chinois ont rapporté jeudi que 558 personnes, dont 260 étrangers, étaient toujours portées disparues après le passage des "torrents de boue" qui ont enseveli Gyirong Port.
Ils ont précisé jeudi matin que 555 touristes bloqués avaient été évacués de la zone, ainsi que 499 résidents.
Parmi les centaines de disparus, 910 côté népalais, figurent notamment des ressortissants indiens, ukrainiens, malaisiens, britanniques, canadiens ou australiens, selon le bureau du tourisme népalais.
Cette catastrophe est la plus meurtrière au Népal depuis le tremblement de terre qui a fait autour de 9.000 morts en 2015. Les précédentes crues d'ampleur au Népal remontant à 1993, avec à l'époque plus de 1.300 morts recensés.
L'aide internationale, sous forme de secouristes, de matériel médical, de nourriture ou encore de sacs mortuaires s'organise mais reste limitée au vu de l'ampleur de la catastrophe.
Les inondations et les glissements de terrain sont fréquents pendant la mousson d'été (juin-septembre) au Népal, au Tibet et dans toute l'Asie du Sud. Selon les scientifiques, le changement climatique accroît l'intensité et la fréquence de tels événements.
E.Gerber--HHA