Affaire Lyhanna: Jérôme Barella mis en examen pour meurtre et viol sur mineure
Jérôme Barella, principal suspect dans l'affaire Lyhanna, collégienne de 11 ans retrouvée morte le 4 juin dans le Gers, a été mis en examen mercredi pour meurtre et viol sur mineure de moins de 15 ans, a indiqué le parquet d'Agen.
L'intérimaire de 41 ans, qui a été extrait de la prison de Mont-de-Marsan pour être entendu par les magistrats instructeurs d'Agen, "a répondu à quelques questions concernant sa personnalité mais a rapidement fait valoir son droit au silence", a précisé le procureur adjoint dans un communiqué.
A l'issue de cet interrogatoire, "il a été mis en examen supplétivement des chefs de meurtre sur une mineure de moins de 15 ans précédé ou accompagné de viol et viol sur une mineure de moins de 15 ans". Il avait été initialement mis en examen pour enlèvement et séquestration après la disparition de la collégienne.
Il encourt la prison à perpétuité.
Commencée vers 9H30, l'audition, où le suspect a été confronté à de nouveaux éléments à charge, s'est poursuivie toute la journée.
Mercredi, il a en outre été mis en examen pour viols sur mineure de moins de 15 ans et agressions sexuelles dans une autre affaire, celle dite "Rosa".
Cette petite fille de 11 ans, dont la mère avait déposé plainte pour viols contre Jérôme Barella en août 2025 sans que celui-ci soit inquiété, a accusé le suspect de l'avoir violée "une cinquantaine" de fois, selon un rapport d'inspection.
Dans cette affaire, il a également "fait valoir son droit au silence" au cours de l'audition mercredi avant d'être placé sous mandat de dépôt criminel dans le cadre de cette seconde procédure d'instruction, a précisé le parquet.
Interpellé au lendemain de la disparition de Lyhanna fin mai, Jérôme Barella avait ensuite été entendu par un juge d'instruction le 1er juin et avait déjà gardé le silence.
Après l'autopsie du corps de Lyhanna, dont les résultats ont été connus le 24 juin, le procureur d'Agen Olivier Naboulet avait demandé sa mise en examen "pour meurtre et viol sur mineure de quinze ans" dans le cadre d'un réquisitoire supplétif.
- Perquisition -
Cette convocation mercredi devant le juge d'instruction intervient après une perquisition, le 6 juillet au domicile de Jérôme Barella dans le village de Montestruc-sur-Gers, menée par les gendarmes de la section de recherche de Toulouse.
Sollicitées par l'AFP avant et après l'audition, les avocates de Jérôme Barella, Sandra Vazquez et Eléonore Paré, ont répondu qu'elles ne s'exprimeraient pas mercredi.
Les faits se sont déroulés dans le Gers mais le parquet d'Auch a transmis le dossier au pôle criminel du tribunal judiciaire d'Agen.
L'enquête a débuté le vendredi 29 mai quand les parents de Lyhanna ont signalé sa disparition. Elle a été vue pour la dernière fois ce jour-là en train de monter dans la voiture de Jérôme Barella à la sortie de son collège à Fleurance, dans le Gers.
Un vaste dispositif de recherches a été mis en oeuvre par la gendarmerie dans les environs de Fleurance. Le corps de l'enfant a finalement été retrouvé le 4 juin dans un silo agricole désaffecté situé dans un village voisin, un site dans lequel Jérôme Barella avait travaillé.
L'autopsie n'a pas permis de déterminer "avec certitude", selon le parquet d'Agen, la cause du décès de la fillette mais a établi que Lyhanna a été violée.
La mort de Lyhanna a déclenché une vague de colère et d'émotion. Le suspect avait déjà été mis en cause dans plusieurs affaires de violences sexuelles, comme celle de la petite Rosa, mais n'avait jamais été interpellé ou convoqué.
L'affaire Lyhanna a ainsi révélé des dysfonctionnements des services d'enquête.
Diligenté après la mort de Lyhanna, un pré-rapport d'une mission d'inspection dévoilé le 22 juin a évoqué "des défaillances de suivi, de coordination et de pilotage" de l'enquête.
Partout en France, des citoyens se sont mobilisés devant les tribunaux contre les violences sexuelles à l'appel d'associations féministes et de défense des enfants.
Le 4 juillet, des milliers de manifestants, dont de nombreuses familles avec enfants, se sont à nouveau rassemblés partout en France, réclamant au gouvernement une loi globale pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants.
Dans le sillage de cette affaire, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a demandé le réexamen en urgence de 70.000 plaintes concernant des violences sur mineurs. Près d'un millier de dossiers pédocriminels ont été identifiés comme "prioritaires" et 675 personnes placées en détention depuis le 8 juin, a annoncé mercredi le garde des Sceaux.
A.Dankwers--HHA