Le Chrysler Building, icône de New York, trouve enfin preneur après des années de déshérence
L'emblématique Chrysler Building, joyau art déco situé au cœur de Manhattan à New York, a trouvé un repreneur après plusieurs années de recherches: le promoteur immobilier Tishman Speyer a de nouveau relevé le défi, avec des investisseurs institutionnels.
"Nous sommes ravis de guider ce bâtiment tant aimé dans ce nouveau chapitre", a commenté Rob Speyer, directeur général de Tishman Speyer, cité mercredi dans un communiqué.
"Nous allons créer un environnement qui fera la fierté de nos clients et dans lequel ils seront heureux de venir travailler chaque jour", a-t-il ajouté.
Des médias mentionnent depuis des années des occupants se plaignant de locaux vieillots, de peintures écaillées, d'ascenseurs en panne, d'eau impropre aux fontaines, de fenêtres trop petites, de bureaux exigus, de rencontres avec des rongeurs, etc.
Pour redonner sa splendeur à l'ancien siège du constructeur automobile Chrysler, Tishman Speyer et ses partenaires financiers comptent mener un "intense programme" de réhabilitation intérieure et de rénovation extérieure.
Ils veulent rivaliser avec les gratte-ciels plus modernes, en reproduisant une méthode appliquée par Tishman Speyer avec d'autres édifices new-yorkais lui appartenant, dont le célèbre Rockefeller Center.
Quelque 75 % des bureaux actuellement et prochainement vacants dans les 77 étages du Chrysler doivent ainsi être pré-aménagés en "suites prêtes à être occupées" rapidement, dans la lignée des espaces de co-working.
Son 61e étage - agrémenté à l'extérieur de gargouilles et casques ailés de Mercure en acier inoxydable - hommage aux bouchons de radiateur des premiers véhicules Chrysler -, doit être converti en espace de restauration avec accès aux terrasses extérieures et en salles de réunion.
- Modernisations -
L'ancienne arcade commerciale art déco, aux boutiques fermées mais toujours utilisée comme tunnel d'accès à la station de métro de Grand Central, doit devenir un espace de bien-être et de réunion.
Le projet prévoit de moderniser les systèmes mécaniques, électriques et d'air conditionné, les ascenseurs, tout en améliorant son efficacité énergétique, détaille le communiqué.
Et également de restaurer la façade et de polir sa célèbre couronne en acier inoxydable, surmontée d'une flèche inspirée des enjoliveurs de la marque éponyme.
Conçu juste avant la crise de 1929, l'édifice voulait représenter l'exubérance et le modernisme, le monde des machines. Il a été quelques mois, avant l'achèvement en mai 1931 de l'Empire State Building, le plus haut bâtiment au monde (318 mètres).
Mais le manque d'investissements au fil des ans pour son entretien et sa modernisation et le statut complexe concernant sa propriété ont dissuadé nombre de prétendants.
Le bâtiment est en effet construit sur un terrain légué en 1902 à Cooper Union, une école d'ingénierie, architecture et sciences humaines de New York.
Tishman Speyer a signé un bail (leasehold) de 150 ans, dans le cadre d'une transaction prévoyant un investissement de 235 millions de dollars et le versement à Cooper Union d'un loyer annuel non divulgué (20,1 millions en 2018, 32,5 millions de 2019 à 2027, dans le dernier contrat).
Le dernier détenteur du bail, un consortium composé du promoteur immobilier américain RFR et du groupe autrichien Signa, a été expulsé par un juge en septembre 2024 pour non-paiement du loyer après la faillite de Signa fin 2023.
Le duo s'en était porté acquéreur en 2019, pour 151 millions de dollars et la promesse de réaliser 250 millions de travaux, auprès du fonds souverain émirati, Abu Dhabi Investment Council, actionnaire majoritaire. Ce dernier avait payé 800 millions de dollars, pour une part de 75% en 2008.
Tishman Speyer n'est pas un inconnu pour la célèbre tour de bureaux de 77 étages: le promoteur avait acheté son bail aux enchères en 1997. Il s'était progressivement désengagé jusqu'à sortir du capital en 2019.
Cette fois, il s'est associé à plusieurs investisseurs institutionnels dont le chef de file est le fonds de retraites canadien du secteur public (PSP Investments).
"C'était une opportunité unique d'identifier le meilleur partenaire pour la gestion à long terme d'un monument extraordinaire de la ville de New York et pour Cooper Union, alors que nous œuvrons pour améliorer et garantir les bourses scolaires de tous nos étudiants", a expliqué John Ruth, vice-président de l'établissement.
F.Fischer--HHA