Éthiopie : frappes de drones au Tigré dont l'une a touché des déplacés
Des frappes de drones ont touché ce weekend un camp de déplacés, tuant au moins huit personnes, selon une source humanitaire, ainsi qu'une localité au Tigré, Etat régional du nord de l'Éthiopie dont la capitale régionale Mekele est passée samedi aux mains de l'armée fédérale.
Après des mois de tensions, des combats ont repris fin septembre dans le nord de l'Éthiopie, opposant l'armée fédérale aux forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), formation politique qui dirigeait de fait l'État régional depuis avril, ainsi qu'aux milices Fano de l'État voisin de l'Amhara.
L'armée fédérale éthiopienne a largement repoussé ces derniers jours les forces adverses et a pris samedi sans combats le contrôle de Mekele, désertée quelques heures plus tôt par dirigeants et combattants du TPLF.
Une prise bienvenue pour le Premier ministre Abiy Ahmed, qui doit être investi par les députés pour un nouveau mandat lundi, après la victoire écrasante de son parti de la Prospérité qui a raflé 90% des sièges lors des législatives en juin.
Dimanche matin, "huit personnes, dont un enfant, ont été tuées lors d'une frappe menée (...) contre un centre pour personnes déplacées", a déclaré à l'AFP une source humanitaire, estimant que six personnes avaient également été grièvement blessées.
"Une mère, ses quatre enfants et un petit-fils ont été tués dans la frappe (...) Toute la famille a été décimée", a ajouté un témoin, affirmant que trois autres personnes avaient péri dans cette frappe ayant touché le camp d'Adi Abay, proche de la frontière érythréenne, à plus de 150 kilomètres au nord-ouest de Mekele.
Le conflit dans le nord est loin d'être terminé. Les forces éthiopiennes ne contrôlent encore qu'une partie du Tigré, le TPLF a fait vœu de basculer vers la guérilla et les milices Fano - qui ont pris les armes contre le gouvernement fédéral en 2023 - continuent de harceler l'armée fédérale dans les zones rurales de l'Amhara.
- Peu d'informations -
Surtout, les observateurs craignent désormais une extension hors de l'Éthiopie, particulièrement en Érythrée voisine, qui partage une longue frontière avec le Tigré au nord, et que les autorités éthiopiennes accusent de soutenir le TPLF, sur fond de rivalités régionales, notamment autour de l'accès à la mer Rouge.
Signe de l'intensité des tensions, l'Éthiopie a accusé vendredi l'Érythrée "d'actes d'hostilités et de belligérance", entraînant la rupture des relations diplomatiques entre les deux voisins historiquement rivaux, relations rétablies seulement en 2018 après deux ans de guerre et 18 ans de rapports glaciaux.
Outre les drones qui ont touché le camp d'Adi Abay, des frappes éthiopiennes ont également touché au cours du weekend la localité d'Adwa, à environ 100 km à vol d'oiseau au nord-ouest de Mekele, ont indiqué à l'AFP deux sources sécuritaires, sans fournir de bilan.
Peu d'informations filtrent du Tigré et les récentes perturbations des réseaux de télécommunications rendent leur vérification difficile.
A Mekele, les banques, fermées depuis la reprise des hostilités ont rouvert lundi, mais l'argent liquide n'était pas disponible aux guichets. Les transports publics fonctionnaient également, mais continuaient de dépendre du carburant de contrebande, les stations services restant fermées faute d'approvisionnement en essence et diesel, coupé depuis plusieurs mois par le gouvernement fédéral.
Quelques boutiques ont rouvert mais la majorité restaient fermées lundi.
Le gouvernement fédéral et le TPLF se sont déjà affrontés entre 2020 et 2022 lors d'un conflit à grande échelle, extrêmement destructeur au Tigré et l'un des plus meurtriers récemment dans le monde, qui a fait au moins 600.000 morts, selon l'Union africaine, estimation jugée basse par plusieurs observateurs.
Un accord avait fait taire les armes fin 2022, mais plusieurs dispositions clés n'ont jamais été mises en œuvre, alimentant les tensions.
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M.Schneider--HHA