Espagne: le roi Felipe VI à Ceuta le 13 octobre, une visite à haut risque diplomatique
Le roi d'Espagne Felipe VI et la reine Letizia se rendront le 13 octobre à Ceuta, une visite à haut risque diplomatique, deux mois et demi après la crise migratoire survenue dans cette enclave espagnole d'Afrique du Nord, dont le Maroc revendique la souveraineté.
Ce déplacement qui débutera le lendemain de la Fête nationale espagnole, le 12 octobre, sera suivi le lendemain d'une visite à environ 500 km plus à l'est, à Melilla. Il s'agira de son premier déplacement dans ces deux villes depuis son accession au trône en 2014.
C'était son père, Juan Carlos, qui avait effectué la dernière visite d'un souverain espagnol à Ceuta et Melilla, en novembre 2007.
Elle avait alors entraîné une crise diplomatique avec le Maroc, qui revendique sa souveraineté sur ces deux territoires de quelques kilomètres carrés.
Ce déplacement inédit de Felipe VI a été "convenu entre le gouvernement et la maison royale", a précisé cette dernière dans un message transmis à l'AFP, précisant que le programme exact du voyage serait annoncé "dans les prochains jours".
Les 30 et 31 juillet, plus de 70.000 migrants sont entrés à Ceuta, à la nage ou à pied depuis le Maroc, un afflux massif et inédit au cours duquel plus d'une centaine d'entre eux sont décédés, principalement en mer, d'après les autorités à Madrid et Rabat.
Depuis, la grande majorité de ces migrants sont retournés au Maroc.
Toutefois, plusieurs milliers d'entre eux demeurent à Ceuta, où la situation s'est depuis dégradée, donnant lieu à des violences et à des manifestations quasi quotidiennes des habitants.
- "Intrusion inacceptable" -
Cette crise migratoire a provoqué de vives tensions diplomatiques au sein de l'Union européenne, notamment entre l'Espagne et l'Italie, et mis encore plus sous pression le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez, accusé par l'opposition de droite et d'extrême droite à Madrid de laxisme dans sa politique migratoire et envers le voisin marocain.
Plusieurs milliers de personnes se sont d'ailleurs encore rassemblées samedi dernier à Madrid pour dénoncer la gestion de la crise par le gouvernement central, à couteaux tirés avec les autorités de droite de Ceuta.
Pour faire face à la situation, l'exécutif a augmenté ces dernières semaines la capacité des centres d'hébergement temporaire pour migrants sur place, notamment pour les mineurs, déployé des centaines de policiers et de militaires, tout en renforçant les financements alloués au gouvernement du territoire.
Les autorités doivent, par ailleurs, examiner les situations individuelles pour déterminer qui peut bénéficier du droit d'asile et qui doit être expulsé vers le Maroc.
Les groupes locaux et les partis d'opposition estiment toutefois que ces mesures prises en urgence sont loin de suffire pour résoudre la crise, qui s'est imposée au coeur du débat public à l'approche des élections législatives de 2027.
Mardi, le roi Felipe VI, lors d'un dîner de gala avec le président français Emmanuel Macron, a appelé les Vingt-Sept à Bruxelles à "être plus efficaces et solidaires dans la protection de la frontière extérieure de l'Union" européenne, avec "un renforcement de la collaboration" entre les États membres.
"Ce qui s'est passé à Ceuta cet été - l'intrusion massive de dizaines de milliers de personnes violant une frontière espagnole qui est aussi une frontière européenne − est inacceptable et pose un immense défi", a-il lancé, d'un ton ferme.
"Les pays qui subissent une pression plus forte du fait qu'ils se trouvent à la frontière extérieure de l'Union européenne ne peuvent pas assumer seuls une responsabilité qui incombe à tous", a-t-il conclu.
A.Gonzalez--HHA