Trois ans de guerre au Soudan, Berlin tente de mobiliser l'aide internationale
Le Soudan entre dans sa quatrième année de guerre entre l'armée et les paramilitaires, plongeant la majorité de la population dans la pauvreté, sous les yeux inquiets de la communauté internationale réunie mercredi à Berlin qui espère récolter plus d'un milliard de dollars.
"Nous voulons atteindre plus que lors de la dernière conférence à Londres, où avait été récolté un milliard de dollars (850 millions d'euros, NDLR)", il y a un an, a affirmé le ministre allemand des Affaires étrangères, dans un entretien à la radio Deutschlandfunk.
"Cela semble fonctionner, nous l'annoncerons cet après-midi", a assuré Johann Wadephul, ajoutant qu'il continuait "de recevoir des confirmations" de dons.
La pire crise humanitaire au monde selon l'ONU a arraché 11 millions de Soudanais à leurs foyers et répandu la famine.
"Nous avons deux grandes guerres en Iran et en Ukraine, mais cette catastrophe en Afrique ne doit pas être oubliée", a souligné le chef de la diplomatie allemande, jugeant "regrettable" que "les Etats-Unis ne soient plus aussi actifs que les années précédentes" dans ce dossier.
La réunion de Berlin rassemble, à l'occasion de l'anniversaire du début du conflit, gouvernements, agences humanitaires et organisations de la société civile, mais exclut les deux belligérants, l'armée et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).
Des rendez-vous similaires à Londres et Paris ces deux dernières années n'ont pas permis de percée diplomatique.
- "Déchirant" -
"Les gens sont épuisés", témoigne Amgad Ahmed, 42 ans, à Omdurman, ville jumelle de Khartoum.
"Nous avons perdu notre travail, nos économies et tout sentiment de stabilité", confie l'homme resté chez lui durant tout le conflit.
Près de 700 civils ont été tués dans des frappes de drones depuis janvier, les deux camps ayant intensifié leurs attaques, en particulier dans les Etats du Kordofan-Sud et du Nil Bleu, selon l'ONU.
Un calme fragile s'est toutefois installé dans la capitale, Khartoum, reprise par l'armée en 2025, où la reconstruction a commencé dans certains secteurs.
Les marchés ont rouvert, le trafic automobile a repris, les examens de fin d'études secondaires se sont tenus cette semaine, après près de deux ans de fermetures massives d'écoles.
D'après l'ONU, environ 1,7 million de personnes sont revenues à Khartoum. Mais le danger y rôde encore et les autorités s'emploient lentement à neutraliser des dizaines de milliers de bombes non explosées.
Al‑Bachir Babker al‑Bachir, 41 ans, revenu à deux reprises après trois ans d'absence, estime que la ville aura besoin de plusieurs années pour se relever.
"J'étais heureux de revenir", dit-il à l'AFP. "Mais lorsque je suis allé au centre‑ville, c'était déchirant".
"La route menant à l'université où j'ai étudié n'est plus la même, les murs sont noirs", "ce ne sont plus les mêmes endroits", raconte-t-il.
- Violences sexuelles, déplacements, morts -
Les efforts diplomatiques menés par le "Quad" (Etats‑Unis, Arabie saoudite, Emirats arabes unis et Egypte) ont jusqu'à présent échoué, les deux camps continuant de se disputer le contrôle du territoire de ce troisième plus grand pays d'Afrique, en bénéficiant du soutien de parrains étrangers.
L'Arabie saoudite, l'Egypte et la Turquie soutiennent l'armée soudanaise, et les Emirats arabes unis sont accusés d'armer les FSR. Tous nient une implication directe dans les hostilités.
Les pourparlers menés par le Quad ont également été interrompus après que le chef de l'armée, Abdel Fattah al‑Burhane, a remis en cause la participation d'Abou Dhabi.
"Répétition des violences sexuelles, répétition des déplacements, répétition des morts. On a l'impression d'être coincés dans une boucle", a dénoncé lundi la responsable de l'ONU au Soudan, Denise Brown.
Au-delà de la destruction généralisée des infrastructures, la guerre a précipité davantage la population - quelque 50 millions d'habitants - dans l'insécurité alimentaire et la pauvreté. Mais l'appel à des dons lancé par l'ONU pour 2026 n'est pour l'instant financé qu'à 16%.
La famine a été déclarée l'an dernier dans les capitales du Nord-Darfour, El-Facher, et du Kordofan-Sud, Kadougli, avec 20 autres zones à risque, selon l'ONU.
H.Graumann--HHA