La grande distribution appelée à s'engager contre la maltraitance des crevettes d'élevage
Yeux arrachés à vif, abattage sans étourdissement... L'ONG de défense du bien-être animal ICAW a appelé vendredi la grande distribution française à renforcer ses engagements contre la maltraitance des crevettes d'élevage, dénonçant les "retards préoccupants" de certaines enseignes sur ce sujet méconnu.
Avec 440 milliards de crevettes abattues chaque année, ces crustacés sont les animaux les plus élevés en captivité dans le monde, rappelle l'ICAW (International council for animal welfare), organisation basée aux États-Unis, dans un rapport publié à l'occasion de la journée mondiale de l'alimentation.
"La France est le pays de l'Union européenne qui en consomme le plus par habitant", avec "6 milliards d'unités chaque année", et le deuxième qui en "importe le plus après l'Espagne", principalement d'Amérique latine ou d'Asie, souligne auprès de l'AFP Justine Audemard, responsable des négociations de l'ICAW.
Pourtant, beaucoup ignorent les "méthodes extrêmement cruelles" infligées à ces animaux, dont la sensibilité a été reconnue par la communauté scientifique et certains pays comme le Royaume-Uni, relève-t-elle.
Depuis 2023, son ONG milite auprès de distributeurs européens pour "obtenir des engagements publics sur deux thématiques" : l'épédonculation des crevettes, soit l'arrachage des yeux des femelles reproductrices, censée augmenter la fréquence de ponte, et leurs conditions d'abattage.
"Courante" dans les élevages, l'épédonculation consiste à "sectionner un ou les deux pédoncules oculaires d'une crevette femelle" - ces derniers contiennent une glande influençant son cycle ovarien - "alors qu'elle est pleinement consciente, à l'aide d'une lame de rasoir ou de ciseaux chauffés", sans anesthésie, relate le rapport.
Les crevettes sont en outre généralement abattues par immersion dans une bouillie de glace, une méthode censée provoquer une insensibilisation suivie d'une mort rapide, mais dont les conditions d'efficacité "sont rarement réunies à l'échelle industrielle".
- Suffocation -
Ainsi "il n'est pas rare que les crevettes agonisent pendant plusieurs minutes" quand d'autres meurent par suffocation "une fois sorties des bassins", déplore l'ICAW, qui promeut le recours à l'étourdissement électrique.
En France, quatre distributeurs (Les Mousquetaires/Intermarché, Coopérative U, Auchan et Aldi) se sont déjà engagés à la fois à interdire la pratique de l'épédonculation par leurs fournisseurs et à leur réclamer l'étourdissement électrique avant abattage d'ici à 2030 (ou 2035 pour Aldi), se félicite l'ICAW.
Le leader du secteur E.Leclerc n'a en revanche pris aucun de ces engagements, déplore l'ONG.
D'autres se sont engagés "partiellement" (car leurs engagements portent sur l'arrachage des yeux, mais pas sur l'étourdissement): Carrefour vise l'élimination de l'épédonculation d'ici à 2027 et 2029 selon les espèces, Casino (Monoprix, Franprix...) et Lidl ont totalement banni cette pratique, tout comme Biocoop, l'agriculture biologique interdisant cette méthode.
Contactés par l'AFP, Carrefour assure travailler avec ses fournisseurs sur la mise œuvre de l'étourdissement électrique "à partir de 2027" pour ses marques propres comme pour le reste de son offre, quand Lidl prévoit de "participer activement" à une "initiative sectorielle" de la filière sur le sujet.
Sollicité par l'AFP, E. Leclerc n'a pas répondu.
Également pointée du doigt par l'ICAW, l'enseigne spécialisée Grand Frais souligne auprès de l'AFP que 90% de ses crevettes proviennent de fournisseurs ne pratiquant pas ou plus l'épédonculation. Elle assure en outre avoir "constitué un groupe de travail" sur l'étourdissement électrique, "sujet complexe" qui "suppose, pour nos fournisseurs comme pour l'ensemble de la filière, des investissement et soulève des contraintes techniques".
Visé aussi, le distributeur de produits surgelés Picard déclare à l'AFP agir "depuis 2019 pour accompagner ses filières crevettes vers l'arrêt" de l'épédonculation. "Aujourd'hui, l'immense majorité de nos références est déjà conforme à cet objectif, ajoute-t-il.
Quant à Biocoop, interpellé par l'ICAW sur l'étourdissement électrique, le spécialiste du bio déclare à l'AFP "consolider de nouveaux engagements pour 2027".
A.Wulhase--HHA