Après un été de sécheresse, légumes et maraîchers reprennent des couleurs
Cet été, les maraîchers de la ferme Breau, une exploitation en bord de Loire, se levaient à 2H00 du matin pour planter les poireaux, afin d'"éviter que les plants brûlent". Depuis, les températures ont baissé et de nouvelles pratiques se sont imposées.
Elliott Breau, 22 ans, appartient à la quatrième génération de cette grosse ferme familiale (100 hectares, dont 20 en bio) à Villebernier, près de Saumur, à quelques centaines de mètres de la Loire, dont les eaux sont encore très basses début octobre.
Il n'est "pas du tout découragé" par cet été harassant qui a permis, selon lui, d'"améliorer (leurs) pratiques" et de "tenter des choses nouvelles".
Le sol sablonneux de la région est idéal pour les activités de maraîchage. Mais même ici, les vagues de chaleur et la sécheresse ont pesé sur la production et bouleversé les habitudes de travail des six associés (oncles, cousins, dont trois jeunes adultes) et de la trentaine d'employés.
Poireaux, radis, tomates, concombres... et surtout de la salade. Sur 40 hectares, en plein champ (les cultures s'effectuent en serre à partir de l'automne). Or la salade, c'est 95% d'eau et ça a besoin de pluie...
- On récolte avant midi -
"Dès qu'elle a trop chaud, la salade stresse, elle fait de la +montaison+", explique Sébastien Breau, 51 ans, oncle d'Elliott. Un phénomène naturel : la plante monte en graine car elle "se sent" mourir et cherche à se reproduire. Il fallait donc être doublement vigilant. Et lutter contre les chenilles, bien plus nombreuses que d'habitude, et la prolifération des adventices (les mauvaises herbes).
Les arrosages étaient installés le soir tard, des plantations se sont déroulées sous la lumière des projecteurs en pleine nuit "pour éviter que les plants brûlent", les récoltes s'effectuaient avant midi, expliquent les deux exploitants.
Sans compter les visites des techniciens de la coopérative Rosée des champs, à laquelle est associée l'exploitation, pour donner des conseils lors de cet été particulier.
Grâce à un hiver pluvieux, les autorités départementales du Maine-et-Loire ont le plus souvent répondu favorablement aux demandes d'eau des maraîchers.
Plus de travail, plus de salariés que d'habitude, une amplitude horaire de quasi 24 heures, une gestion de l'eau "au plus près". Mais au final, une perte de récolte de "seulement" 10 %, alors que la moyenne est de 35 % chez les maraîchers en France, selon les chiffres du Syndicat des fabricants de produits végétaux prêts à l'emploi (SVFPE), à l'initiative de cette visite pour la presse. Ce Syndicat regroupe des coopératives et des groupes privés.
- Passage obligatoire au frigo -
Des fermes de maraîchage du bassin nantais, qui font surtout des jeunes pousses et de la mâche (des cultures fragiles), ont elles opté pour des filets d'ombrage.
En ce début d'automne, à Villebernier, s'étirent sur plusieurs dizaines de mètres les dernières plantations de lollo rossa (des laitues rouges), fermes et pleines, qui ont profité du "retour des nuits froides", constate Augustin Ringô, directeur général de Rosée des champs, qui compte deux sites de traitement des légumes (Maine-et-Loire et Bouches-du-Rhône).
Les légumes sont ramassés, chargés quotidiennement sur les camions de la coopérative, puis lavés, préparés, coupés, mis en sachets selon qu'il s'agit de 1ère gamme (légumes frais bruts), découpés et prêts à l'emploi (4e gamme) ou cuits et conditionnés (5e gamme).
Sur les sites aussi, il a fallu "s'adapter aux produits" de ce drôle d'été. Dès leur arrivée dans les bâtiments de Doué-en-Anjou, passage obligatoire au frigo pour les cagettes de légumes, "pour abaisser la température" et éviter que les produits s'abîment, explique le responsable de la coopérative.
Le long des tapis roulants où défilent les salades, les pareurs (des employés spécialisés qui retirent en quelques secondes la verdure abîmée) ont su ajuster leurs gestes au nouveau format des salades, au grammage bien inférieur à la norme.
Le service statistique du ministère de l'Agriculture, Agreste, livrera ses premières estimations sur les récoltes de légumes fin octobre.
M.Schneider--HHA