Climat: le monde vers un réchauffement de 2,6°C, mais il est encore temps d'agir, selon l'ONU
Les engagements mondiaux pour limiter le réchauffement climatique restent largement insuffisants et placent le monde sur une trajectoire de réchauffement de 2,6 °C au cours du siècle, avertit l'ONU mercredi, rappelant la nécessité d'efforts drastiques et immédiats.
Le monde est "dangereusement loin du compte" et "ne peut plus éviter de dépasser la limite de 1,5°C", objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris de 2015, a déclaré Antonio Guterres, le secrétaire général de l'ONU, lors du lancement du rapport annuel du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) sur l'écart entre les émissions et les objectifs climatiques.
Selon le rapport, même si les nations honorent leurs engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre, les températures mondiales seraient supérieures de 2,6°C aux niveaux préindustriels à la fin du siècle.
Des projections plus sombres que celles de l'an dernier - réchauffement de 2,3°C à 2,5 °C - notamment en raison du retrait des États-Unis, deuxième plus grand pollueur mondial, de l'accord de Paris et de la révision des estimations d'émissions historiques.
Sur la seule base des politiques actuelles, sans tenir compte des engagements à faire mieux, le réchauffement mondial pourrait même atteindre 2,8°C d'ici 2100, le double de son niveau actuel, alors que le monde subit déjà nombre de phénomènes climatiques extrêmes (inondations meurtrières, vagues de chaleur brutales, incendies incontrôlables) comme ceux qui ont frappé l'Europe cet été.
- "Échec historique" -
"Les conséquences sont déjà dévastatrices", mais cela "ne signifie pas pour autant qu'il faille baisser les bras", souligne M. Guterres, à trois semaines avant la 31e conférence de l'ONU sur le climat (9-20 novembre) en Turquie.
Les émissions de gaz à effet de serre, liées à la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, restent "à des niveaux records" en 2025. Et les plans climatiques nationaux et les politiques actuelles sont "dangereusement insuffisants", mais "nous disposons des outils nécessaires pour changer de cap et nous éloigner du précipice", estime le responsable onusien.
Parmi les six plus grands émetteurs, les données préliminaires pour 2025 montrent une hausse des émissions aux États-Unis, en Indonésie et en Chine, et d'une baisse en Inde, en Russie et dans l'Union européenne.
La possibilité de maintenir le réchauffement sous 1,5°C "a disparu", tranche le rapport, après des "décennies d'action climatique insuffisante", notamment de la part des pays riches du G20, responsables des trois quarts des émissions.
"Il s'agit là d'un échec historique du leadership politique. Les données scientifiques sont claires depuis des décennies, mais les gouvernements ont préféré tergiverser plutôt que d'agir. Les conséquences se mesureront en vies perdues, et pas seulement en degrés de réchauffement", déplore Mohamed Adow, directeur de Power Shift Africa, qui cherche à mobiliser sur la question climatique en Afrique.
Les scientifiques avertissent que chaque fraction de degré supplémentaire au-delà de 1,5°C accroît la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes et la probabilité de changements irréversibles pour la planète, du dépérissement des récifs coralliens à la fonte du pergélisol.
- "Accélérer significativement"-
Le rapport envisage néanmoins un scénario plus favorable, dans lequel le réchauffement culminerait entre 1,7°C et 1,8°C avant de repasser sous 1,5°C d'ici à 2100.
Pour y parvenir, les émissions mondiales devraient diminuer de 18 % d'ici 2030, de 45 % d'ici 2035 et de 69 % d'ici 2040, par rapport à 2025.
Par comparaison, la réalisation des engagements climatiques actuels ne conduira qu'à une baisse de 5 à 8 % d'ici 2030 et de 11 à 15 % d'ici 2035, selon l'ONU.
"Le moment décisif — celui où tout se joue — est arrivé ; c'est maintenant, et non plus tard", a déclaré Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE, avertissant que "la fenêtre d'opportunité est en train de se refermer".
Pour cela, les pays devront "amplifier" les progrès déjà accomplis - la capacité mondiale en énergies renouvelables a progressé trois fois plus vite que prévu, le déploiement de l'énergie solaire photovoltaïque a été multiplié par sept... - et "accélérer la dynamique" de "manière significative", juge Anne Olhoff, une des rédactrices du rapport.
Mais des blocages persistent, notamment sur la sortie progressive des combustibles fossiles, où "nous ne constatons aucun progrès à la hauteur des exigences", souligne Mme Olhoff, et sur la déforestation.
O.Zimmermann--HHA