Snober ou pas les filles de l'ex-prince Andrew? Un casse-tête royal
Faut-il écarter les filles de l'ex-prince Andrew, tombé en disgrâce pour ses liens avec Jeffrey Epstein? La famille royale britannique cherche quelles relations garder avec ses deux filles, Beatrice et Eugenie, entre prise de distance et volonté de ne pas couper les ponts.
L'avenir des deux princesses, âgées de 37 et 36 ans, tient en haleine les tabloïds depuis l'arrestation mi-février d'Andrew Mountbatten-Windsor, soupçonné de "mauvaise conduite dans l'exercice d'une fonction publique", en raison de documents confidentiels qu'il aurait transmis au pédocriminel et financier américain, du temps où il était envoyé spécial pour le Commerce du Royaume-Uni (2001-2011).
Si le frère du roi Charles III n'a pas été inculpé à ce stade et a dans le passé nié toute culpabilité, il reste sous le coup d'une enquête judiciaire - une disgrâce inédite dans l'histoire récente de la monarchie.
S'y ajoute celle de la mère de Beatrice et Eugenie, Sarah Ferguson - dite Fergie -, récemment privée de son ultime titre honorifique lié à la ville de York (nord de l'Angleterre), en raison elle aussi de ses liens avec Epstein, qu'elle qualifiait dans un mail de "frère rêvé".
Bien qu'elles soient des membres non actifs de la famille royale, Beatrice et Eugenie ont toujours appartenu au premier cercle, entre apparitions au balcon du palais de Buckingham et participations aux cérémonies officielles.
En décembre dernier, peu après qu'Andrew eut dû abandonner tous ses titres royaux, elles assistaient encore à la traditionnelle messe de Noël à Sandringham, aux côtés du roi et de la reine Camilla. Leurs parents, eux, n'étaient pas invités.
Mais depuis plusieurs semaines, les médias britanniques bruissent de rumeurs sur leur mise à l'écart.
- "Toxiques" -
Une source royale a confirmé cette semaine à l'AFP que les deux femmes n'assisteraient pas dimanche à la messe de Pâques à Windsor, l'un des grands évènements du calendrier royal.
Les deux femmes ont pris "d'autres dispositions" avec "l'accord et la compréhension du roi", selon cette source, qui assure qu'elles seront toutefois "présentes lors de futures fêtes de famille".
Alors que certains médias avaient rapporté que les deux soeurs ne seraient pas incluses dans la procession royale à Ascot, rendez-vous hippique très mondain qui se tient chaque année en juin, d'autres ont affirmé depuis qu'elles y participeraient finalement.
Sollicité, le palais de Buckingham n'a pas confirmé ces informations.
Pour l'expert royal Richard Fitzwilliams, si la famille royale veut éviter toute association avec Andrew et son ex-épouse "devenus toxiques", elle ne veut pas non plus couper totalement les ponts avec les deux femmes.
- "Dommages collatéraux" -
A ce jour, aucun document publié par le ministère américain de la justice dans le cadre du dossier Epstein ne met en cause les deux soeurs. Mais leurs noms apparaissent dans de multiples courriels issus de ce dossier.
Un de ces courriels consulté par l'AFP évoque une visite des deux soeurs et de leur mère à Jeffrey Epstein en 2009, moins d'une semaine après sa sortie de prison pour sollicitation sexuelle d'une mineure.
Pour le commentateur royal Ed Owens, ces documents posent question, surtout s'il "venait à être démontré qu’elles ont bénéficié d'un réseau d'élite qui leur a en partie été présenté par Jeffrey Epstein".
Les deux femmes mènent de front de brillantes carrières, selon leur compte LinkedIn. Beatrice, après avoir été responsable des partenariats stratégiques pour l'entreprise technologique Afiniti, a fondé le cabinet de consultants BY-EQ. Eugenie, elle, est l'une des directrices de la galerie d'art contemporain Hauser & Wirth à Londres.
Dans la foulée du scandale entourant leur père, Eugenie a quitté son rôle de marraine de l'ONG Anti-Slavery International. Dans un communiqué lapidaire au journal Observer, l'ONG a dit "espérer que la princesse continuera à oeuvrer pour mettre fin à l'esclavage".
"A ce stade, ce sont plutôt des dommages collatéraux", estime Richard Fitzwilliams.
Mais pour Andrew Lownie, biographe à charge du prince déchu, c'est plus grave: les deux filles participaient à "l'entreprise familiale" dirigée par leurs parents, accuse-t-il. Il rappelle l'épisode de 2010 où Fergie avait été filmée à son insu par un tabloïd vendant un accès à celui qui était alors le prince Andrew.
Dans ce contexte, Richard Fitzwilliams appelle à la prudence, arguant qu'il "pourrait y avoir d'autres révélations" embarrassantes pour Andrew ou ses filles dans un futur proche.
E.Borstelmann--HHA