Attaque du Mémorial berlinois de l'Holocauste: un jeune Syrien condamné à 13 ans de prison
Un jeune Syrien a été condamné jeudi à 13 ans de prison pour avoir poignardé un touriste par conviction islamiste et antisémite devant le Mémorial de l'Holocauste à Berlin.
Cette agression était survenue deux jours avant les élections législatives allemandes en février de l'année dernière, après plusieurs attaques mortelles au couteau ou à la voiture bélier commises notamment par des étrangers, alimentant l'essor de l'extrême droite.
Âgé de 19 ans à l'époque, Wassim Al M. avait choisi de passer à l'acte devant un monument emblématique érigé à la mémoire des six millions de juifs exterminés par les nazis.
L'auteur, jugé en vertu du droit pénal des adultes, a été déclaré coupable de "tentative de meurtre en concours avec des coups et blessures aggravés et tentative d'adhésion à une organisation terroriste", selon le parquet de Berlin, un acte commis "au nom de l'Etat islamique".
Selon la présidente du tribunal Doris Husch, il a infligé à la victime, un Espagnol âgé alors de 30 ans, "une profonde plaie ouverte", mais la victime a survécu grâce à une intervention médicale d'urgence.
Grièvement blessé, l'homme, qui n'est pas de confession juive, avait pu s'enfuir avant de perdre connaissance devant le monument, puis avait été très rapidement opéré et placé provisoirement dans un coma artificiel.
Il s'était constitué partie civile au procès.
Le jeune Syrien, qui séjournait légalement en Allemagne depuis 2023, arrivé en tant que réfugié mineur non accompagné, est actuellement âgé de 20 ans. Il reconnaît les faits.
Son âge était important pour l'issue du procès: en Allemagne, les adultes de 18 à 20 ans peuvent encore être jugés en vertu du droit pénal des mineurs si, après évaluation, leur maturité est considérée comme équivalente à celle d’un adolescent. Dans ce cas, la peine maximale encourue est de 10 ans.
Mais dans le cas de Wassim Al M., le parquet avait demandé l'application du droit pénal des adultes et requis une peine d'emprisonnement à perpétuité.
- Grande honte -
La défense a plaidé pour une peine de sept ans, applicable aux mineurs. Au procès, Wassim Al M. a demandé pardon à sa victime par l'intermédiaire de son avocat Daniel Sprafke.
Ce dernier a déclaré à l'AFP que son client avait dit: "Ma honte est trop grande, je demande pardon."
Selon le parquet, Wassim Al M. "avait intériorisé l'idéologie" du groupe Etat islamique (EI) et "rejetait le mode de vie occidental".
Résidant à Leipzig, dans l'est de l'Allemagne, il échangeait avec l'EI sur différents réseaux "et souhaitait être admis dans l'organisation", selon le procureur.
Radicalisé depuis "au moins fin 2024", "il était convaincu d'avoir une mission religieuse et voulait envoyer un message contre la société libérale et contre les Juifs".
Il pensait "pouvoir tuer" des personnes de confession juive au mémorial de l'Holocauste, un lieu à ciel ouvert en plein centre de Berlin.
Ses convictions ainsi que l'aggravation du conflit au Proche-Orient l'ont probablement "poussé" à passer à l'acte, selon le parquet.
Peu avant d'agir, il avait envoyé à l'EI une photo de lui afin de se proposer pour devenir membre de cette organisation. Après l'attaque, il a crié "Allah akbar !" ("Dieu est le plus grand !"), a assuré le procureur.
Son acte avait ravivé le débat sur la place des réfugiés syriens en Allemagne, accueillis en grand nombre pendant la crise migratoire de 2015 à l'initiative de la chancelière d'alors Angela Merkel.
Depuis qu'il a pris ses fonctions, au printemps 2025, le gouvernement du conservateur Friedrich Merz a durci la politique migratoire allemande. Le 23 décembre dernier, il a fait expulser pour la première fois depuis le début de la guerre civile en 2011 un ressortissant syrien, un criminel condamné pour vol aggravé, coups et blessures et chantage, vers son pays.
J.Fuchs--HHA